



eric
11 septembre 2026



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Une étude ayant suivi des adultes pendant 47 ans montre que nos différentes capacités physiques ne culminent pas au même âge. Et surtout, que leur déclin avec les années est loin d'être totalement écrit d'avance.
On entend souvent qu'après 30 ou 40 ans, « tout commence à décliner ». Force, endurance, explosivité, récupération… Comme s'il existait quelque part dans notre organisme une date de péremption programmée.
La réalité est beaucoup plus intéressante.
Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle a suivi une cohorte suédoise pendant près d'un demi-siècle. Les chercheurs ont commencé à observer ces participants à l'âge de 16 ans et les ont retrouvés à plusieurs reprises jusqu'à 63 ans.
Résultat : il n'existe pas un âge unique auquel nous atteignons notre maximum physique.
Selon la qualité étudiée, le pic peut survenir avec plus de quinze années d'écart.
Mais l'enseignement le plus important de cette étude se trouve peut-être ailleurs : si l'âge influence effectivement nos capacités, la trajectoire suivie après leur maximum reste fortement associée à notre niveau d'activité physique.
427 personnes suivies pendant 47 ans
L'étude s'appuie sur la cohorte suédoise SPAF (Swedish Physical Activity and Fitness).
Les 427 participants, nés en 1958, ont été évalués à cinq périodes de leur existence :
16, 27, 34, 52 et 63 ans.
Les chercheurs se sont notamment intéressés à trois grandes qualités physiques : la capacité aérobie, l'endurance musculaire du haut du corps et la puissance des jambes.
Et chacune suit sa propre histoire.
La puissance des membres inférieurs, évaluée notamment par le saut vertical, atteignait son maximum relativement tôt : autour de 19 ans chez les femmes et 27 ans chez les hommes.
La capacité aérobie relative culminait plus tard : environ 26 ans chez les hommes et 31 ans chez les femmes.
Enfin, l'endurance musculaire du haut du corps, évaluée par des répétitions au développé couché, atteignait son maximum autour de 34 ans chez les femmes et 36 ans chez les hommes.
Attention toutefois à ne pas transformer ces chiffres en dates limites !
Ce sont des moyennes obtenues dans cette population et avec ces tests particuliers. Elles ne signifient absolument pas qu'un homme commence obligatoirement à perdre sa puissance à 27 ans ou qu'il est impossible de progresser au développé couché après 36 ans.
Elles révèlent quelque chose de beaucoup plus intéressant :
Notre condition physique n'est pas une capacité unique, mais un ensemble de qualités évoluant chacune selon une trajectoire différente.
Le vieillissement physique n'est pas une seule courbe
Cette distinction est importante lorsqu'on parle de vieillissement.
On peut conserver une excellente endurance musculaire tout en perdant progressivement de l'explosivité. On peut rester fort tout en voyant sa capacité cardiovasculaire diminuer. À l'inverse, une personne ayant entretenu son endurance peut présenter un excellent VO₂max à un âge où d'autres individus sont déjà fortement déconditionnés.
À 63 ans, les participants avaient néanmoins perdu une partie importante de leurs performances maximales.
La capacité aérobie relative avait diminué d'environ 37 % chez les femmes et 40 % chez les hommes.
La performance au saut vertical avait diminué d'environ 48 % chez les femmes et 41 % chez les hommes.
L'endurance musculaire du haut du corps avait diminué d'environ 32 % chez les femmes et 35 % chez les hommes.
Mais le déclin n'était pas linéaire.
Il était relativement lent après le pic puis tendait à s'accélérer avec l'avancée en âge.
Autrement dit, perdre dix années entre 30 et 40 ans n'a pas nécessairement les mêmes conséquences fonctionnelles que passer de 50 à 60 ans.
L'activité physique change la trajectoire
C'est ici que l'étude devient particulièrement intéressante.
L'activité physique n'empêche évidemment pas le vieillissement biologique.
Même les meilleurs athlètes masters finissent par perdre une partie de leurs capacités maximales.
Mais vieillir ne signifie pas obligatoirement suivre la trajectoire moyenne de déclin observée dans une population.
Les participants devenus physiquement actifs au cours de leur vie présentaient, dans les modèles statistiques, de meilleures performances que ceux demeurés inactifs.
Le passage de l'inactivité à l'activité était associé approximativement à :
6 à 7 % de capacité aérobie supplémentaire, 11 % de meilleure endurance au développé couché et 4 % de meilleure performance au saut vertical.
Comme il s'agit d'une étude observationnelle, il serait abusif d'affirmer que commencer à s'entraîner produira automatiquement ces améliorations précises chez tout le monde.
Mais le message général est particulièrement encourageant :
une trajectoire physique peut encore être modifiée lorsque l'on devient actif.
Il n'est donc pas nécessaire d'avoir pratiqué du sport toute sa vie pour commencer à bénéficier de l'activité physique.
À 63 ans, nous sommes beaucoup plus différents qu'à 16 ans
C'est probablement l'un des résultats les plus fascinants de cette étude, bien qu'il soit moins spectaculaire qu'un chiffre sur le VO₂max.
Au début du suivi, les différences entre individus étaient relativement limitées.
Puis, au fil des décennies, les trajectoires se sont progressivement écartées.
À 63 ans, la variabilité entre les participants était devenue considérablement supérieure à celle observée à 16 ans.
Et cela change profondément notre manière de considérer l'âge.
Prenez deux personnes de 60 ans.
Elles possèdent exactement le même âge chronologique et peuvent pourtant présenter des différences considérables de force, puissance, endurance cardiovasculaire, mobilité et capacité à accomplir les tâches du quotidien.
L'âge figurant sur une carte d'identité nous donne donc une information réelle… mais de plus en plus insuffisante pour décrire l'état fonctionnel d'une personne.
Car entre-temps sont intervenus des décennies d'activité ou d'inactivité, d'entraînement, d'alimentation, de sommeil, de maladies, de blessures, de stress, de récupération et, bien entendu, des différences génétiques et environnementales.
Plus les années passent, plus notre histoire individuelle s'inscrit dans notre physiologie.
Pourquoi la puissance mérite une attention particulière
L'évolution du saut vertical mérite également réflexion.
La puissance représente la capacité à produire rapidement de la force.
Or, dans la vie quotidienne, il ne suffit pas toujours d'être capable de produire une force importante : il faut parfois pouvoir la produire rapidement.
Se rattraper lors d'un déséquilibre, monter rapidement une marche, accélérer, changer de direction ou simplement réagir à une situation imprévue mobilisent cette qualité.
C'est pourquoi un programme destiné à accompagner le vieillissement ne devrait probablement pas s'intéresser uniquement à la masse musculaire ou à la force maximale.
Force, puissance, endurance, capacité cardiovasculaire, équilibre, coordination et mobilité participent ensemble à ce que l'on pourrait appeler notre réserve fonctionnelle.
Les athlètes masters nous montrent jusqu'où le curseur peut bouger
Les auteurs rapprochent leurs résultats de travaux réalisés chez des athlètes masters.
Alors que la population générale étudiée conservait grossièrement autour de 60 à 70 % de certaines capacités maximales à 63 ans, certaines études chez des sportifs masters suggèrent une conservation pouvant dépasser 80 %.
Il faut cependant être prudent.
Ces populations ne sont pas directement comparables. Les athlètes masters peuvent différer par leur génétique, leur historique sportif, leur alimentation, leur composition corporelle, leur état de santé ou de nombreux autres facteurs.
On ne peut donc pas affirmer que l'entraînement explique à lui seul l'intégralité de cet écart.
Mais leur existence démontre au moins quelque chose :
la trajectoire moyenne observée avec l'âge n'est pas une frontière physiologique infranchissable.
Vieillir n'est donc pas simplement perdre
Voilà peut-être la meilleure manière d'interpréter cette étude.
Nous ne choisissons évidemment pas notre âge chronologique.
Nous ne pouvons pas non plus empêcher totalement certaines modifications biologiques liées au vieillissement.
Mais entre prétendre que l'on peut « arrêter de vieillir » et considérer que tout déclin est inéluctable, il existe un immense territoire.
C'est dans cet espace que l'activité physique prend toute sa valeur.
L'objectif après 40, 50 ou 60 ans n'est d'ailleurs pas nécessairement de rester identique à celui que nous étions à 25 ans.
Il peut devenir beaucoup plus intéressant de se demander :
Quelles capacités ai-je aujourd'hui ? Lesquelles suis-je en train de perdre ? Lesquelles puis-je encore développer ? Et que dois-je entretenir pour conserver le plus longtemps possible mon autonomie et ma liberté d'action ?
La comparaison la plus pertinente n'est alors plus nécessairement celle avec les autres.
C'est aussi celle avec notre propre trajectoire.
STRONGER, pour rester capable
Dans Fitness Mag, nous parlons évidemment beaucoup de muscles et de force.
Mais avec l'âge, le mot « fort » prend une dimension beaucoup plus vaste.
Être fort, c'est pouvoir soulever.
Mais c'est aussi pouvoir marcher longtemps, monter un escalier, porter quelque chose, se relever facilement, conserver son équilibre, accélérer lorsque c'est nécessaire et continuer à faire soi-même ce que l'on souhaite faire.
Le muscle devient alors beaucoup plus qu'un élément esthétique.
Il participe à notre réserve métabolique et fonctionnelle et, avec les autres qualités physiques, contribue à préserver notre champ des possibles.
C'est peut-être finalement l'enseignement le plus enthousiasmant de ces 47 années d'observation :
Nous ne pouvons pas empêcher les années de s'ajouter à notre âge. Nous pouvons en revanche agir sur ce qu'elles soustraient à nos capacités.
Et si l'âge décrit le temps écoulé, notre trajectoire fonctionnelle raconte ce que nous avons réussi à préserver, à construire… et parfois à reconstruire.
Référence scientifique
Westerståhl M, Jörnåker G, Jansson E, Aasa U, Ingre M, Pourhamidi K, Ulfhake B, Gustafsson T. Rise and Fall of Physical Capacity in a General Population: A 47-Year Longitudinal Study. Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle. 2025;16(6):e70134. PMID: 41243424. PMCID: PMC12620399. DOI: 10.1002/jcsm.70134.
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Eric
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Naturopathe, passionné de sport et de musculation depuis 39 ans, je suis également le fondateur et rédacteur en chef de Fitness Mag, magazine digital gratuit depuis 2013 dédié à la musculation et au fitness. Spécialisé depuis plusieurs décennies en physiologie, micro-nutrition, biomécanique et techniques d'entraînement, mes priorités sont la santé et la longévité grâce à la pratique sportive et une alimentation saine.