Las Vegas, Nevada, Etats Unis d’Amérique. Encore quelques répétitions d’élévations frontales. Il repose la barre coudée sur son support et jette un regard essoufflé par-dessus son épaule, dans le grand miroir barré d’un rack d’haltères qui n’en finit pas. Le deltoïde est rond. Le deltoïde est plein. Il a été le meilleur. Le meilleur bodybuilder sur terre. Mr Olympia. Et plus d’une fois. Et puis on lui a pris son titre. C’est le jeu.
C’est le jeu et c’est la vie. Un jeu qu’il pratique le plus sérieusement du monde. Il fera le maximum pour reprendre à son ami la statuette Sandow. Il saisit à nouveau la barre coudée, un rêve de scène rivé au regard. Encore quelques répétitions…Quelque part en Afrique. Musculation à l’air libre. Haltères bricolés, essieux de voiture et bidons remplis de sable. Encore quelques répétitions, encore quelques flexions pour les biceps. Il débute. Il
apprend. Explosivité, pliométrie, il a lu, il a écouté. Encore quelques flexions et au prochain randori, il saisira plus fermement le Kimono… Alors au fond, quel que soit le sport concerné, quel que soit le lieu sur la planète, quel que soit le niveau du pratiquant, amateur, professionnel ou encore débutant, quelle que soit la motivation qui anime le geste - volonté obstinée d’accroître la masse musculaire, désir irrépressible de compétition, aspiration légitime au
bien-être -, le fracas des haltères et le cliquetis des disques nous enseignent une vérité de tous connue. Fracas et cliquetis nous disent et nous répètent que les guerres exsangues entre fédérations, les rivalités égotiques entre champions ou les luttes dérisoires de pouvoir entre disciplines sportives sont vaines. Vaines et stériles. Car quel que soit le sport concerné, quel que soit le lieu sur la planète, quel que soit le niveau du pratiquant, le poids de la fonte est le
même…
Bernard DATO